La brebis n’a pas pour caractéristique première d’être un animal fascinant: herbivore sans beauté particulière, c’est une proie, une grégaire. Elle n’a aucun esprit d’initiative et n’est pas entreprenante. Aucune lumière particulière ne brille dans son regard. Bref, elle pourrait être un animal peu intéressant. Et pourtant, ce sont les brebis que j’ai choisies…

La condition de berger m’est sans doute toujours apparue comme la meilleure vie possible : en contact avec les besoins primaires, liée au lent écoulement du temps, à la réflexion sur la vie et son déroulement… Il a finalement été naturel que je les trouve sur mon chemin.

Les temps ont changé : il n’y a plus de transhumance et on ne passe plus de temps au(x) pâturage(s) avec le troupeau, la traite ne se fait plus à la main. Tout a pris une dimension moderne mais il reste le plaisir d’avoir affaire à un animal discret, peu exigeant et qui fournit un bon lait, un excellent fromage, une viande savoureuse et une laine chaude . Mes copains Sardes qui s’occupent des brebis depuis des siècles disent que « qui possède des brebis n’aura jamais faim

En vivant en France, mon choix initial s’est porté sur la brebis Lacaune, race laitière française par excellence. Mais par la suite, je n’ai pas pu résister à l’appel de la tradition pastorale Italienne. J’avais la nostalgie du bon fromage, de la ricotta fraîche et donc, il était inévitable que j’héberge la brebis Sarde, reine des brebis Italiennes.

Je me trouve ainsi à élever deux races : la Lacaune, grande productrice mais qui a beaucoup de handicaps liés à une sélection trop poussée ( lourde, fragile, grande consommatrice, et sans grande personnalité), et la Sarde, plus rustique, plus avisée, moins exigeante et plus adaptable.

Mon objectif est de continuer avec les Lacaune jusqu’à leur productivité (production ?) et entre temps, de sélectionner les Sardes pour constituer un troupeau entièrement du cru « faromaggio », plus indiqué pour les fromages que j’aime produire.